Une approche différente de la démocratie délibérative

Autant le dire tout de suite, nous ne sommes pas des chercheurs en sciences politiques. Le texte qui suit n’a d’autre ambition que d’expliquer, en termes simples, notre état d’esprit de militants. Si vous trouvez le propos brouillon, inexact, ou contestable, n’hésitez pas à le faire savoir dans les bulles de discussion.

La démocratie délibérative

Les tenants de la démocratie délibérative pensent que toute décision publique devrait être débattue avec des citoyens . Ils estiment que cette condition est nécessaire pour assurer la légitimité et la qualité des décisions. Selon eux, en l’absence de délibération citoyenne, les décisions sont inadaptées aux besoins réels de la population et perçues comme imposées « d’en haut » par une classe dirigeante déconnectée des réalités.

L’exemple fondateur de la démocratie délibérative est celui de l’assemblée de village : des habitants, rassemblés sur la place publique ou sous l’arbre à palabre, débattent des problèmes de la communauté et proposent des solutions. A l’issue du débat, un dispositif décisionnel – vote à mains levée, décret du conseil des anciens, etc. - délivre la résolution finale.

Sur la base de cette idée, depuis le milieu des années 1980, un important travail théorique a été mené, ainsi que des expérimentations nombreuses de par le monde. Cet effort a abouti :

  • à la démonstration que la délibération citoyenne est un outil puissant,

  • à la formulation de trois conditions à la réussite d’une délibération : 1. représentativité des débatteurs, 2. qualité du débat, 3. confiance du public dans l’honnêteté du dispositif décisionnel

« L’assemblée citoyenne moderne »

C’est ainsi que nous appellerons le dispositif actuel censé incarner l’idéal délibératif. En France, il est représenté par la Convention citoyenne pour le climat. Aboutissement de trois décennies de travail, il a été progressivement mis au point pour assurer le respect des trois conditions dont nous avons parlé précédemment.

L’assemblée citoyenne moderne est composée de citoyens peu nombreux, tirés au sort, représentatifs de la population générale et préalablement formés. Le processus de délibération y est fortement encadré, les enjeux dramatisés, le lieu des débats choisit pour dépayser et impressionner.

En l’absence d’un tel cadre, il a été montré que les citoyens ne parviennent pas à établir un dialogue constructif et que surviennent fréquemment des comportements irrespectueux, égoïstes ou manipulateurs, qui mènent à des positions anormalement polarisées et à l’échec du dispositif.

Néanmoins, tout indispensable qu’il paraît être, ce cadre laisse un goût amer à de nombreux tenants de l’idéal délibératif.

La démocratie délibérative dans l’impasse ?

L’assemblée citoyenne moderne soulève un certain nombre de questions :

  • N’est-elle pas, en réalité, un dispositif visant à contraindre les citoyens débatteurs à se comporter, à parler, et in fine à décider comme des membres de la « classe dirigeante déconnectée des réalités » ? Si c’est le cas, a-t-elle encore un intérêt ?
  • Etant donné le degré d’organisation qu’elle requiert, n’est-elle pas impraticable dans la plupart des situations de la vie publique ? Dans ce cas, comment la généraliser pour en faire le substrat d’un renouveau démocratique global ?
  • Etant donné le peu de participants qu’elle mobilise, n’instaure-t-elle pas un hiatus préoccupant avec la notion, désirable elle aussi, de démocratie participative ? Rappelons que les tenants de la démocratie participative pensent que tous les citoyens devraient participer à la vie publique, ceci afin de renforcer la légitimité des décisions et la cohésion sociale (vous pouvez vous reporter au premier chapitre pour mesurer ce qui la distingue du concept démocratie délibérative).

Le projet Castafiore

A ceux qui souhaitent revenir à la source de l’idéal délibératif se pose donc la question de savoir comment produire un débat citoyen constructif sans la lourde infrastructure de l’assemblée citoyenne moderne.

Pour notre part, nous souhaitons explorer le concept d’ assemblée délibérative portant sur un sujet ne touchant pas à la vie publique .

Notre hypothèse est qu’une telle assemblée serait moins sujette au problème de polarisation anormale, donc moins nécessiteuse d’un encadrement excessif. Elle serait donc d’avantage généralisable.

Si cette hypothèse était vérifiée, la généralisation de telles assemblées pourrait constituer, pour tous les citoyens, l’amorce d’une éducation à la délibération. Cette éducation autoriserait peut-être, à terme, une réduction du niveau d’encadrement des assemblées citoyennes (celles dédiées aux décisions publiques).

C’est pour interroger cette hypothèse que nous avons lancé le projet Castafiore.

Bibliographie